Le ti ban : mémoire vivante des Antilles
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Dans les maisons et jardins des Antilles, certains objets semblent ordinaires. Pourtant, ils portent en eux une mémoire collective profonde. Le ti ban, ce petit banc en bois présent dans de nombreuses familles caribéennes, en est un exemple précieux. À la fois simple et essentiel, il est un marqueur de souvenirs d’enfance aux Antilles, un espace de transmission orale et un symbole discret du patrimoine culturel caribéen.
Le ti ban dans mes souvenirs d’enfance aux Antilles
Le ti ban a toujours fait partie de ma vie. Je ne me souviens pas de la première fois où je m’y suis assise, parce qu’il a toujours été là, comme un membre silencieux de la famille.
Dans le jardin de ma grand-mère, c’est sur ce petit banc que mon cousin et moi venions nous asseoir après nous être occupés des animaux. Nous y mangions les fruits qu’elle nous tendait, encore tièdes du soleil. Le jus collait aux doigts, les rires fusaient, et la journée semblait ne jamais devoir finir.
Le dimanche, le ti ban devenait mon siège pendant que ma mère me coiffait. Je me souviens du vent léger, des voix au loin, de mon envie de vite finir pour repartir jouer. Il me servait aussi de marchepied pour atteindre le plan de travail et observer ma grand-mère, ma mère et mes tantes préparer les recettes traditionnelles. C’est depuis ce ti ban que j’ai appris à regarder les gestes, à comprendre les dosages “à l’œil”, à devenir commis avant même de savoir que j’apprenais.

Autour du ti ban, la vie circulait. On s’y asseyait pour le goûter, pour écouter les histoires “d’antan lontan”, pour partager des moments simples. Il n’y avait pas d’âge pour le ti ban. Petits et grands y trouvaient leur place. Il servait autant à discuter qu’à écailler le poisson ou nettoyer le lambi. Objet du quotidien, il était pourtant au cœur des traditions antillaises.
Quand j’y pense aujourd’hui, un léger sourire me vient. Celui qui murmure doucement : je donnerais tout pour revivre certains de ces moments.
Le ti ban, espace de transmission orale et de mémoire collective
Dans la culture caribéenne, la transmission ne se limite pas aux livres. Elle vit dans les gestes, dans les lieux, dans les silences partagés. Le ti ban est l’un de ces espaces de transmission orale où les récits circulent librement.
Autour de lui se mêlent les rires des anciens, les anecdotes du quartier, les souvenirs transmis sans cérémonie. Les odeurs de cuisine traditionnelle s’élèvent, le chant des oiseaux accompagne les conversations, le vent traverse les arbres à la tombée du jour. Ce décor simple devient un véritable théâtre du quotidien antillais.
Le ti ban participe ainsi à la préservation du patrimoine immatériel caribéen : savoir-faire culinaires, pratiques liées à la pharmacopée caribéenne, habitudes de vie communautaires. Il incarne un enracinement culturel, une continuité entre les générations.
Un objet simple, reflet du savoir-faire local
Au-delà de l’émotion, le ti ban témoigne aussi d’un savoir-faire local. Fabriqué à partir de bois, il illustre l’ingéniosité et le travail artisanal du bois présents dans les territoires caribéens. Objet utilitaire, il devient avec le temps une source de souvenirs pour les générations futures.
Dans sa simplicité se cache une grande richesse : celle d’un objet construit pour durer, pour être transmis, pour accompagner la vie quotidienne.
Ti ban chez Ti pòz : ralentir pour préserver la mémoire
Dans l’illustration réalisée par Alyzea pour Ti pòz, le ti ban est baigné par la lumière du soleil couchant. La chaleur du jour caresse le bois, et une tisane maison repose à côté — clin d’œil aux traditions de la pharmacopée caribéenne.
Cette scène capture un instant précis : celui où l’on se pose dans son jardin pour observer la fin de journée. Sans urgence. Sans performance. Juste le temps qui passe.
À travers cette activité créative et détente, Ti pòz ne propose pas seulement de peindre. Elle invite à renouer avec ces souvenirs d’antan lontan, avec ces habitudes simples qui font partie de la culture caribéenne. Peindre ce ti ban, c’est convoquer une mémoire, mais aussi recréer aujourd’hui ces espaces où la vie peut à nouveau s’asseoir.
Ralentir devient alors un acte doux, presque militant : préserver notre patrimoine culturel tout en prenant soin de soi.
